Gabriella Zalapì - Antonia


Quatrième de couverture

Antonia est mariée sans amour à un bourgeois de Palerme, elle étouffe. À la mort de sa grand-mère, elle reçoit des boîtes de documents, lettres et photographies, traces d’un passé au cosmopolitisme vertigineux. Deux ans durant, elle reconstruit le puzzle familial, d’un côté un grand-père juif qui a dû quitter Vienne, de l’autre une dynastie anglaise en Sicile. Dans son journal, Antonia rend compte de son enquête, mais aussi de son quotidien, ses journées-lignes. En retraçant les liens qui l’unissent à sa famille et en remontant dans ses souvenirs d’enfance, Antonia trouvera la force nécessaire pour réagir.


Roman sans appel d’une émancipation féminine dans les années 1960, Antonia est rythmé de photographies qui amplifient la puissante capacité d’évocation du texte.


Présentation

J’ai profité d’avoir quelques jours de congé afin de rentrer dans ma campagne natale et d’aller faire un petit tour dans la librairie du village. Et je suis repartie avec ce texte de Gabriella Zalapì, Antonia. Une très belle découverte dont j’avais envie de vous parler ici.


L’histoire se déroule entre 1965 et 1966. Nous suivons à travers un journal intime la vie d’Antonia, une jeune femme mariée à un homme qu’elle n’aime plus, une jeune mère qui perd l’éducation de son enfant face à sa Nurse. Dans ce journal, elle nous raconte sa condition de femme durant ces années bien après-guerre, son quotidien de femme mondaine. Alors que sa grand-mère décède, elle reçoit de sa part une boîte contenant de vieilles lettres et photographies de sa famille. S’ensuit alors la découverte et la reconstitution de ses souvenirs familiaux. Elle nous brode ainsi dans son journal la vie de sa famille, dont une partie a fui la guerre et dont l’autre est une famille aristocrate anglaise qui vit en Sicile.

Dans ce roman, on parle d’émancipation féminine. Je ne vous apprends rien, vous l’avez lu dans la quatrième de couverture. Mais rappelons tout de même qu’en France à la même époque, les femmes devaient avoir l’autorisation maritale afin d’ouvrir un compte bancaire. Qu’en Suisse, il faut attendre 1971 avant que les femmes puissent avoir le droit de vote et donc, d’exister aux yeux de la société politique.

Le personnage d’Antonia rend compte dans son journal de cette réalité, la condition des femmes à son époque et le pouvoir qu’avaient les maris sur leur épouses, considérées comme des subalternes.


J’ai été d’une naïveté grotesque en l’épousant. Je suis simplement supposée obéir, entretenir la maison et superviser l’éducation de notre fils. Rien de plus. Je suis sa subordonnée, son obligée.

De son écriture douce, lente, elle nous raconte ses journées, mais également ses désillusions et ses rêves de fuite et surtout son désir de s’affranchir de ce mari négligeant. Elle trouve une porte de sortie à sa vie de perfect house wife (parfaite femme au foyer), comme elle l’écrit, en rangeant, triant les lettres et les photos qu’elle a reçu suite au décès de sa grand-mère. Ainsi, nous découvrons également son histoire de famille. D’une part, une famille qui élève en marge ses enfants, comme Antonia le découvrira pour sa mère et comme nous le découvrons, lorsque sa mère l’envoie chez sa grand-mère, car elle n’a plus la force de s’occuper de sa fille. D’autre part, la famille de son père, accueillante et compréhensive, qu’elle n’a presque pas connu, car ce dernier est mort à la guerre. Une famille qui lui permet de s’élever, contrairement à l’autre.

Le journal entrecroise alors la vie quotidienne d’Antonia et celle de ses parents et grands-parents, qu’elle (re) découvre au fur et à mesure de son rangement. D’ailleurs, le journal est ponctué de photographies, qui nous ancrent davantage dans le récit et nous permet de mieux imaginer les scènes de sa vie familiale.

Difficile de s’affranchir lorsque les regards sont braqués sur soi, car elle vient d’une bonne famille, et que chacun de ses faits et gestes sont observés. Ça l’est d’autant plus que son mari, Franco, ne cesse de la critiquer, de la remettre à sa place dans ses conditions de femme de et de mère. Qu’il est impensable qu’elle puisse sortir de sa petite case. C’est pourtant ce qu’elle n’aura de cesse de faire, notamment en parlant avec son grand-père Vati, un homme pour lequel elle a toute confiance, qui la rangera à nouveau dans ses cases :


« Ne te plains pas, tu as une famille. C’est à toi de la rendre heureuse. Te rends-tu compte d’où tu vis ? De comment tu vis ? Tu devrais te sentir comblée. » Il a beaucoup insisté sur le fait que Franco travaille beaucoup et que je dois supporter son silence.
« C’est normal qu’il se désintéresse de toi, il est fatigué, il a beaucoup de soucis. C’est à toi de faire un effort. C’est sur toi que repose le bien-être de la famille, sans parler de l’éduction d’Arturo. »

Finalement, son histoire de famille, son enfance seront le moteur qui lui donneront la force d’agir et de se délivrer.

Finalement, tout ce qui était censé lui apporter joie et bonheur, la pousse à s’enfuir. Son mariage, raté, mais également sa maternité. Encore de nos jours, il est d’avis que la maternité est ce qui permet aux femmes de s’accomplir. Une femme sans enfant, ce n’est pas réellement une femme. Et que si l’enfant est là, la femme devient mère, un accomplissement dans notre société. Avoir un enfant, c’est un acte sacralisé. Or, nous ne parlons pas ou très peu de ce tabou qui pourtant touche de nombreuses femmes : le fait de ne pas aimer son enfant.

Dans ce roman, Antonia nous parle également de sa maternité. Du fait qu’elle n’arrive pas à créer un lien avec son fils et qu’elle n’arrive pas à s’en occuper comme elle le devrait. D’ailleurs, court-circuitée par sa Nurse. Parce que le poids de tout le foyer se retrouve sur ses épaules et que ce n’est finalement pas le rôle qu’elle souhaitait pour elle.


Anniversaire d’Arturo. Immature. C’est le seul mot qui me vient en repensant à la naissance de mon fils. J’avais vingt et un ans, j’étais inconsciente. J’ai fait ce que toute femme fait après s’être mariée : un enfant.
Le visage de mon fils me glisse des mains. J’essaie de saisir quelque chose de son regard mais il me résiste. J’ai décidé de ne plus aller le chercher à l’école. Je n’ai invoqué aucune excuse malgré son expression dépitée. Je suis incapable d’aimer.

Ce livre d’une écriture délicate et douce renferme en lui pourtant une noirceur et une violence terribles. L’autrice nous met en avant la pression qui était - l’est d’ailleurs toujours, mais à d’autres niveaux - exercée sur les femmes durant les années 60. Le mariage, la gestion du foyer et de l’éducation des enfants. Le fait d’être finalement prisonnière d’un tableau du quel il est très difficile de s’extirper.


Aujourd’hui, cette époque est heureusement révolue, celle où les femmes étaient considérées comme de simples subalternes de leurs maris. Seules, inexistantes aux yeux de la société, existantes seulement grâce à leurs époux. Mais tout comme il est important de se rappeler de l’Histoire afin d’éviter qu’elle ne se renouvèle, rappelons-nous d’où nous sommes venues et continuons à exiger l’égalité de traitement entre hommes et femmes, à tous les niveaux.


Informations générales

Éditeur : éditions Zoé

https://www.editionszoe.ch/livre/antonia-journal-1965-1966

Date de parution : janvier 2019

Prix indicatif : Fr. 19.-

Nombre de pages : 112


Pour aller plus loin :

· Interview de Fiona Schmidt par Konbini News, postée le 17 janvier 2020 :

https://news.konbini.com/societe/video-il-faut-en-finir-avec-la-charge-maternelle/

· Article de Migros Magazine "Ces femmes qui n’aiment pas leur enfant", paru le 6 juillet 2017

https://www.migrosmagazine.ch/ces-femmes-qui-n-aiment-pas-leur-enfant

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