Serge Bimpage - Déflagration


Quatrième de couverture

Jamais le professeur Corderey n’aurait imaginé devoir se réfugier à Marmotence, son village d’origine. Jamais, dans son confort genevois, il ne se serait douté de l’existence d’un volcan au Petit–Pays. Jamais il n’aurait pu anticiper cet impensable qui, au niveau d’un individu comme d’une collectivité, peut provoquer des conduites proches de la folie… ou du salut


« Le couchant commençait à rosir les toits du village qui se rapprochait maintenant. Corderey se figura encore ses citoyens en rangs serrés derrière le renoncement, leur culte farouche de l’indépendance, leur observation inquiète au–delà des frontières. Toutes choses que le touriste ne pouvait percevoir. Pour cela, il lui aurait fallu lire dans l’âme des citoyens. Et qu’y aurait–il vu ? Une crainte sourde et fiévreuse, celle d’une apocalypse qui pourrait se déclencher à tout moment si Dieu, soudain, devait cesser d’aimer le Petit–Pays et le détruire avant de tout recommencer depuis le début. »


Présentation

Rappelez-vous, je vous présentais le dernier livre de Serge Bimpage dans mes lectures du soir. Un joli pavé de cinq cents pages qui m’a tenu éveillée pendant quelques soirées. Et bien aujourd’hui, c’est parti pour un article !


Dans ce roman, nous suivons Julius Cordery, professeur d’Histoire émérite à l’Université de Genève. Respecté, c’est avec grand plaisir qu’il use et abuse de son pouvoir, jusqu’au jour où une étudiante de son cours affirme qu’il a abusé d’elle. Ce scandale sexuel va le faire tomber de son piédestal. Son monde s’écroule ; paroxysme de la descente aux enfers, sa femme le quitte. Alors qu’il pensait être en sûreté dans son Petit-Pays, c’est sans compter sur l’éruption d’un volcan qui panique toute la population suisse. Tout s’écroule autour de lui, la solution pour se sauver étant de rejoindre son village natal, Marmotence.


Difficile de croire que Serge Bimpage ne se soit pas inspiré de notre actuelle réalité de crise pour écrire son roman. Et pourtant ! Comme il l’explique dans sa première partie Avertissement, le texte n’a pas été modifié depuis sa rédaction. Nul n’est prophète en son pays, mais qu’en est-il de Serge Bimpage ?


Le livre se sépare en trois parties : Avant, Pendant et Après. Un parallèle à la vie de Cordery des suites de cette agression sexuelle et de ce volcan, qui, chacun à leur manière, explosent et sèment le chaos dans le Petit-Pays.


Dans cette première partie, Avant, le professeur Cordery se satisfait de sa vie. Respecté, il voyage au gré des colloques à travers l’Europe, draguant ses collègues, subissant les colères de sa femme et réfléchissant à son prochain sujet de recherche. Somme toute, une vie relativement banale. Un homme de droite, engagé pour son pays et défendre son pays des étrangers et pourtant, la narration qu’utilise l’auteur est vraiment particulière, car nous sentons une certaine retenue, voire ironie quant au ton de son personnage. Et c’est justement cette discorde qui me plaît beaucoup dans ce livre.


Pourtant, c’est lors de cette première partie que le scandale sexuel avec cette étudiante entache le professeur. Son monde est bouleversé, comme nous pouvons le voir en parallèle avec cette explosion de volcan de la seconde partie. Ce n’est pas sans rappeler les agressions qu’il y a eu en décembre 2020 à l’EPFL, qui a dévoilé l’envers du décor alors que les universités suisses semblaient faire preuve d’exemplarité. Un monde secoué, qui le fera se réfugier chez lui dans son appartement genevois, tout comme la panique le fera aller à Marmotence, dans le même but. Disparaître et se cacher, attendre que tout passe.


Après tout cela, rassuré, il s’amusait à se faire peur. Quelle horreur ce serait d’être enfermé dans l’abri, sans rien savoir de l’extérieur. Combien de temps tiendraient-ils, Inès et lui ? Mais il s’avisa de l’inanité de ses pensées. De toute façon ils allaient se séparer. Là résidait le vrai cataclysme. Tout s’effondrait et ses manies lui parurent vaines et ridicules.

Enfin, le volcan explose. Catastrophe. On ne parle plus que de ça, partout, dans les médias, sur les réseaux, les voisins et collègues, familles. Ça vous semble familier ? Nous avons eu une belle preuve du pouvoir des médias et de leur impact sur nos vies (même si la situation n’est pas tout à fait identique). Et comme de nombreuses personnes ont eu le réflexe lors de notre semi confinement en mars, Cordery quitte son cocon genevois pour rejoindre son village natal, Marmotence. Un doux nom, qui laisse penser au livre de Ramuz, Derborence, et surtout parce que tout comme dans son livre, Ramuz nous décrit la violence de la nature qui reprend ses droits et qui oblige la population à s’incliner face à sa force.


Serge Bimpage saisit plusieurs sujets d’actualité, tels que le consentement et les agressions sexuelles qui se découvrent au fil des jours dans les universités et dans nos journaux. La pandémie, évidemment, qui a plongé la Suisse mais également le reste du monde dans une situation extrême, mettant à vif nos conseillers fédéraux et politiciens. Enfin, je vois parallèlement un lien avec l’immigration, réfrénée dans le Petit-Pays. En effet, dans cette seconde partie, notre professeur quitte donc Genève pour aller se réfugier à Marmotence et qu’il connaît au final, assez peu. Il doit se créer de nouveaux repères dans ce chaos. Cela me fait ainsi beaucoup penser aux immigrés qui fuient la guerre, par exemple et qui viennent prendre refuge en Suisse. Et ce qui me semble, par ailleurs, être un paradoxe, car rappelons-nous, Cordery a un avis très tranché sur la question de l’immigration dans le Petit-Pays.


Certes, la lâcheté pouvait receler ses avantages. Entre autres, celui de laisser les autres commettre leurs erreurs. Mais ici, ce n’était pas aux hommes que Cordery se mesurait. C’était à la nature. Or, la nature ne commettait pas d’erreur. Elle était la nature, point, indifférente aux hommes comme aux états d’âme de Cordery. Et pour cette raison dangereuse.

Pour conclure, c’est un livre que j’ai beaucoup apprécié. D’une part, le personnage du professeur Cordery est complexe, très politisé dans la première partie pour finalement s’atténuer dans le reste du livre. Les sujets variés mais évidemment actuels sont traités avec beaucoup de finesse et nous pouvons apprécier la délicatesse de la plume de Serge Bimpage.


Informations générales

Éditeur : Editions de L’Aire

https://www.editions-aire.ch/produit/deflagration/

Date de parution : août 2020

Prix indicatif : Fr. 29.-

Nombre de pages : 544 pages


Remerciements

Je tiens à remercier Serge Bimpage ainsi que les éditions de L’Aire pour l’envoi de ce livre.

Mes remerciements également à Hervé Menoud pour ses corrections et précieuses suggestions.


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